Par Valérie K.
de Mongo Beti
Mongo Beti est un écrivain camerounais né en 1932 et décédé en 2001. Il a fait des études
de lettres et de philosophie en France.
"Perpétue et l'habitude du malheur" a été publié en 1974, deux ans après la censure de son livre "Main basse sur le Cameroun, autopsie d'une décolonisation" par les
gouvernements français et camerounais (en 1976, il obtient la levée de l'interdiction de la publication de cet ouvrage).
Cet écrivain a vécu en exil en France pendant 30 ans.
"Perpétue et l'habitude du malheur" dénonce à la fois la colonisation, la dictature, la bêtise des fonctionnaires, la misère et surtout la condition de la femme en Afrique dans les années 1960.
Le problème de l'alcoolisme est aussi évoqué.
L'histoire : Essola revient dans son village natal après six années passées dans un camp de concentration pour s'être opposé au régime.
Il enquête sur la mort de sa soeur, perpétue, une jeune fille de 15 ans, cultivée, intelligente, qui aurait pu aspirer une brillante carrière de médecin si elle n'avait pas été
vendue par sa propre mère à un fonctionnaire bête et méchant.
Extrait :
[...] Tout comme à l'apogée de la colonisation, l'absolutisme de la langue française était un humus empoisonné sur lequel poussaient nécessairement des plantes malsaines : l'apprentissage jamais
achevé de ses raffinements retenait dans l'infantilisme ; l'exclusion inévitable ou calculée hors de ce paradis de l'immense majorité des populations produisait l'obscurantisme, la stagnation
sociale et politique, ainsi que la frustration des masses. La rareté infinitésimale des élites, ces élus qui, surmontant tous les handicaps, parvenaient à la conquête d'un diplôme, en faisant un
arbuste malingre qu'on enfermait dans la serre chaude des quartiers séparés où elles se laissaient déposséder d'elles-mêmes. L'assujettissement sans espoir faisait lever des moissons de révolte.
Décidément, se persuadait le frère de Perpétue, l'Afrique est ravagée par trois grands fléaux, la dictature, l'alcoolisme et la langue française, à moins que ce ne soient trois visages d'un même
malheur. [...] pages 134-135
Son écriture belle, riche, intelligente et émouvante décrit, à la manière des conteurs africains, une Afrique violente et révoltante. Mais l'auteur ne se contente pas de la décrire, il aide aussi
le lecteur à comprendre comment de telles situations peuvent exister.
Perpétue et l'habitude du malheur
Mongo Beti
Edtions Buchet & Chastel
Derniers Commentaires